A l’embranchement de la départementale et de la route qui monte au village, c’est à la Brousse que passe l’ancien chemin muletier qui mène vers le sud aux crêtes qui surplombent la vallée, au lieu dit « la croix de fer » passant au pied de la grande cascade du « saut de la Dame ».
Ce sentier muletier très important était autrefois la principale voie de communication entre la vallée de la Drobie et les territoires de Joyeuse et des Vans. Il enjambe la Drobie sur un magnifique pont à trois arches, le pont de la Brousse, bordé en aval par le grand moulin de la Brousse, qui en fait un site remarquable du territoire.

 

Il suffit de passer le pont de La Brousse
Moments de vie : De l’eau, des hommes, des moulins
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La rivière La Drobie porte en elle et dans le paysage qui l’accompagne la trace des hommes et des femmes qui vivent le long de son cours. Ponts et moulins ont structuré le paysage. La présence de nombreux moulins s’explique par le fait qu’au 19e siècle la population est très nombreuse. Les gens faisaient beaucoup leur pain à la maison. Ils cultivaient le blé.
Fin 19e, une forte migration de la population vers la ville, avec le début de la civilisation industrielle entraîne une perte de population dans les campagnes.
La guerre de 14-18 continue de vider les campagnes et surtout le métier de boulanger commence à se développer. Puis les gens n’ont plus fait le pain. La baisse du nombre de moulins en activité est liée à la fois à la baisse des populations dans les campagnes, et à l’évolution des modes de vie.

Les moulins sont des témoins d’un mode de vie marqué par l’auto subsistance et la proximité des échanges. Chaque village avait au moins un moulin pour alimenter la population locale car les habitants devaient se procurer de la farine sans avoir à parcourir une trop grande distance.

Si leur but originel était le broyage de grains était une fonction première des moulins, leur activité a concerné des domaines bien plus étendus.
Le pain était la base de l’alimentation. Plusieurs grains étaient broyés ainsi que des fruits secs comme la châtaigne. Les moulins à céréales pouvaient être spécialisés dans une céréale en particulier ou travailler plusieurs céréales et c’est plutôt le type de meule qui définit la céréale à broyer, blé (comme le froment).
Le Moulin de la brousse, moulin à céréales et châtaignes,  a fonctionné probablement jusqu’en 1944. Il a ensuite été vendu en 1981 par une héritière du meunier et comme bien des moulins qui ont continué d’être habités est devenu une maison au bord de l’eau, une résidence secondaire.

Peu de choses subsistent de l’époque du Moulin : des traces du canal qui servait à dévier une partie du cours de la rivière, quelques meules en pierre, une grande vis en fonte, probablement du pressoir à olive.

Autrefois, les habitants de Saint Mélany et de Charrus portaient leurs céréales, leurs châtaignes, leurs olives et la laine de leurs moutons.
L’accès au moulin se faisait et se fait toujours par un chemin partant de Charrus c’est le long de la colline jusqu’à la rivière « La Drobie « traversée par un pont de pierre datant de 1875.

Les meuniers fabriquaient eux-mêmes toutes sortes d’inventions pour améliorer leur moulin.
Monsieur Ferdinand Bellidenty, dernier meunier de ce moulin, par un ingénieux système, avait été le premier à avoir l’électricité en 1933. Il la fabriquait lui-même grâce à une turbine pour alimenter sa maison se trouvant beaucoup plus haut au niveau de la route. Un ingénieux système de poulies dans la maison du Meunier avec un contrepoids immergeait la turbine ou la sortait de l’eau quand il n’avait pas besoin d’électricité.

Les moulins à eau apparaissent et se développent en Europe  à partir du 10e siècle. Avec celle des bras et des animaux la seule énergie a été longtemps fournie par les moulins. Cette force infatigable sera utilisée à d’autres fins que la production de farine ( huile, papier, filature, outils, etc )

Sur la construction du Moulin de La Brousse, on ne trouve pas d’inscription de date mais la majorité des moulins date des 17,18 et 19e siècles. Industries des  temps passés, ils servaient à diverses tâches et sont devenus nécessaires à la survie. Les habitants ont maîtrisé la force hydraulique grâce aux moulins et pu ainsi progressivement modifier leur mode de vie et surtout leur mode d’alimentation.
Les moulins leur permettaient d’avoir des forges pour fabriquer des outils, des farines en quantité pour se nourrir …

Dans les zones de pente, de nombreux petits moulins assuraient la production de farine. Les conditions de vie s’étaient améliorées toutefois le travail restait éprouvant  : pas de route, pas de moyen de locomotion mais des chemins pentus et caillouteux pour accéder au Moulin.
Tout se portait sur le dos : les lourds sacs de jute rempli de céréales et ceux de châtaignes ramassées dans un tablier sac – le sacquet – attaché à la ceinture qui se gonflait de châtaignes.
De façon ingénieuse, Ferdinand Bellidenty avait installé un treuil reliant sa maison en bord de route au moulin et qui servait à descendre et monter ces gros sacs.

Au moulin de la brousse, la famille Bellidenty produisait la farine bise, l’orge perlée à partir d’orge brute, l’ huile d’olives.
On broyait l’orge, très nourrissante et de bonne rusticité, une des plus anciennes céréales cultivées bien adaptée au climat . Elle était consommée sous forme de soupes, bouillies, galettes.  Pour la rendre comestible, on éliminait les enveloppes « glumes et son » pour obtenir L’orge perlé.

 


Au Moulin, du temps du grand-père de Ferdinand, Joseph, existait une manufacture de tissu. La laine des moutons étaient cardée puis les femmes la filaient en gardant le troupeau ou le soir au longues veillées d’hiver. On y faisait aussi des couvertures de laine un peu rêche mais bien chaudes et des étoffes aujourd’hui disparues: cadis, ratine. On n’y faisait aussi le tissage de draps.

 

 

MANUFACTURE  JOSEPH BELLIDENTY

DRAPS, CADIS, RATINES, NOUVEAUTES, COUVERTURES, MOLLETONS.

ATELIER DE CARDAGE ET FILATURE A ST MELANY, CANTON DE VALGORGE – ARDECHE

A l’honneur de prévenir les personnes qui voudront lui accorder leur confiance, qu’il mettra tous ses soins afin qu’elles soient satisfaites.

Les clients trouveront chez lui, en échange de leur laine, draps, nouveautés, ratines, cadis, couvertures, molletons et toutes espèces de fil à tricoter.

Les grandes améliorations apportées dans le système de la fabrication lui permettent d’établir les marchandises à des prix excessivement réduits.

Il prendra les laines grosses ou lavées en paiement et se trouvera les jours de foire :

Aux Vans chez Mr Nouvel, teinturier près du temple,
A Joyeuse, chez Mr Vagnère, débitant,
A Valgorge, sur le Champ de Foire.

Largentière – Imprimerie Delhorme.

 

Notes :
Cadis : Tissus de laine assez épais et non peigné.
Ratine fine. Cette dernière est une étoffe de laine croisée, dont le poil est tiré en dehors et frisé.
Sources:
Textes de Joséphine GOUIN

 

http://moulinsduquercy.com/nos-moulins-a-eau/
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Orge_commune
https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Orge_perlé
http://www.lignerolles-03.fr/111ftp/Apparition%20des%20moulins%20à%20eau.pdf